Histoire de la Tour de Pise

Histoire de la Tour de Pise : près de 200 ans de construction et huit siècles d’inclinaison

La Tour de Pise est aujourd’hui l’un des monuments les plus célèbres au monde.

Mais ce qui est fascinant, c’est qu’elle n’est pas devenue célèbre malgré son défaut.

Elle est devenue célèbre à cause de lui.

À l’origine, la Tour de Pise n’est pourtant pas une tour défensive ni un monument isolé. C’est simplement le campanile de la cathédrale Santa Maria Assunta, autrement dit son clocher.

Sa construction commence au XIIe siècle, alors que Pise est l’une des grandes puissances maritimes de la Méditerranée.

Et très rapidement, quelque chose ne se passe pas comme prévu.

1173 : le début de la construction

La construction de la Tour de Pise commence en 1173.

L’année précédente, une certaine Berta di Bernardo avait légué de l’argent destiné à la construction du nouveau campanile de la cathédrale. Les travaux commencent ensuite officiellement l’année suivante.

À cette époque, Pise connaît une période de grande prospérité.

La ville est l’une des principales républiques maritimes italiennes et son influence s’étend bien au-delà de la Toscane.

La Piazza del Duomo devient progressivement une vitrine de cette puissance.

La cathédrale avait déjà été fondée en 1064, puis vinrent le Baptistère, le campanile et enfin le Camposanto. L’ensemble monumental sera construit entre les XIe et XIVe siècles.

Qui a construit la Tour de Pise ?

L’identité exacte du premier architecte fait encore l’objet de discussions.

La tradition a longtemps associé les débuts de la Tour à Bonanno Pisano, célèbre sculpteur et architecte pisan.

Giorgio Vasari, au XVIe siècle, cite également un certain Guglielmo aux côtés de Bonanno dans son récit de la construction du campanile. L’Opera della Primaziale Pisana mentionne aussi Bonanno Pisano et Diotisalvi parmi les architectes associés aux premières phases du monument.

Ce qui est certain, c’est que plusieurs générations d’architectes et d’ouvriers se succéderont sur le chantier.

Et pour cause : la construction va durer presque deux siècles.

La Tour commence à pencher pendant sa construction

Le problème apparaît très tôt.

Après la construction des premiers niveaux, le bâtiment commence à s’enfoncer de manière irrégulière.

Le terrain sous la Tour est constitué de couches de matériaux meubles et compressibles qui ne supportent pas uniformément le poids gigantesque de l’édifice.

Le campanile commence donc à s’incliner.

Autrement dit, la Tour de Pise penchait déjà alors qu’elle était encore loin d’être terminée.

Les documents de gestion du site UNESCO indiquent que les travaux commencés en 1173 furent interrompus au niveau du troisième étage précisément en raison de l’affaissement du sol.

Ce détail rend son histoire encore plus incroyable.

Les constructeurs médiévaux n’ont pas découvert le problème une fois le chantier terminé.

Ils ont continué à construire un monument qu’ils savaient déjà incliné.

Une interruption qui a peut-être sauvé la Tour

Le chantier connaît ensuite une très longue interruption.

Pise est régulièrement engagée dans des conflits avec d’autres cités italiennes, notamment Gênes, Lucques et Florence.

Pendant plusieurs décennies, la construction ralentit fortement ou s’arrête.

Avec le recul, cette interruption a probablement joué un rôle essentiel.

Le terrain sous les fondations a eu le temps de se consolider progressivement.

Certains ingénieurs considèrent même que si les constructeurs avaient terminé la Tour rapidement, elle aurait pu s’effondrer bien plus tôt.

C’est assez paradoxal.

Les guerres qui ont retardé le chantier ont peut-être contribué à sauver le monument.

Les architectes tentent de corriger l’inclinaison

Lorsque les travaux reprennent sérieusement au XIIIe siècle, le problème est évidemment toujours là.

Vers 1275, la construction reprend sous la direction de Giovanni di Simone et d’autres maîtres d’œuvre.

Les architectes essaient alors de compenser l’inclinaison en construisant certains niveaux légèrement plus hauts d’un côté que de l’autre.

Cela explique pourquoi la Tour de Pise n’est pas parfaitement droite même si l’on corrige mentalement son inclinaison.

Elle présente une légère courbure.

Les bâtisseurs médiévaux tentaient littéralement de redresser le bâtiment au fur et à mesure qu’ils l’élevaient.

Une construction qui dure près de deux siècles

Le chantier avance par phases successives.

Entre les interruptions, les problèmes de stabilité et les périodes de guerre, il faudra finalement près de 200 ans pour achever la Tour.

Les travaux commencent en 1173 et la construction est généralement considérée comme achevée en 1372, avec la réalisation de la chambre des cloches.

Imaginez le nombre de générations d’ouvriers qui se sont succédé sur le même édifice.

Les personnes présentes lors de la pose des premières pierres n’avaient évidemment aucune chance de voir le monument terminé.

À quoi servait réellement la Tour de Pise ?

Son nom peut être trompeur.

La Tour de Pise n’a jamais été construite pour défendre la ville.

Elle est le clocher de la cathédrale.

Ses cloches rythmaient donc la vie religieuse et quotidienne de la cité.

La Tour possède sept cloches, correspondant traditionnellement aux sept notes de musique. La plus imposante, fondue au XVIIe siècle, pèse plusieurs tonnes.

Aujourd’hui, l’aspect religieux de la Tour est évidemment éclipsé par sa célébrité touristique.

Mais historiquement, elle fait partie d’un ensemble religieux parfaitement cohérent avec la cathédrale, le Baptistère et le Camposanto.

Galilée a-t-il vraiment lancé des objets depuis la Tour ?

L’une des histoires les plus célèbres associées à la Tour concerne Galileo Galilei, né à Pise en 1564.

Selon une tradition célèbre, Galilée aurait utilisé la Tour pour effectuer des expériences sur la chute des corps.

Il aurait laissé tomber depuis son sommet des objets de masses différentes afin d’étudier leur vitesse de chute.

L’histoire est devenue extrêmement célèbre.

Cependant, les historiens débattent encore de la manière exacte dont ces expériences se seraient déroulées, car le principal récit connu a été écrit bien après les faits par Vincenzo Viviani, élève et biographe de Galilée.

Ce qui est certain, c’est que Galilée est profondément associé à Pise et que l’UNESCO considère les monuments de la Piazza del Duomo comme liés à une étape importante de l’histoire des sciences physiques.

Pendant des siècles, la Tour continue de s’incliner

Une fois terminée, la Tour ne cesse pas pour autant de bouger.

Très lentement, son inclinaison continue d’augmenter.

Architectes, ingénieurs et scientifiques vont alors essayer pendant plusieurs siècles de comprendre comment stabiliser l’édifice.

Et certaines interventions vont produire exactement l’effet inverse.

En 1838, par exemple, des travaux autour de la base provoquent une entrée d’eau dans le sol et aggravent l’inclinaison.

Au XXe siècle, le problème devient encore plus préoccupant.

Mussolini voulait redresser la Tour

L’un des épisodes les plus étonnants se déroule sous le régime fasciste.

Dans les années 1930, Benito Mussolini souhaite voir la Tour redressée.

Une tour inclinée n’est manifestement pas considérée comme un symbole suffisamment glorieux pour l’image de puissance que le régime veut donner à l’Italie.

Des ingénieurs interviennent donc sur les fondations.

Ils percent plusieurs centaines de trous et injectent du matériau dans la base afin d’essayer de la stabiliser.

Résultat : l’inclinaison augmente encore.

Une belle démonstration du principe selon lequel certains monuments historiques savent parfaitement résister aux ambitions politiques.

Dans les années 1990, le risque devient sérieux

À la fin du XXe siècle, l’inclinaison de la Tour est devenue suffisamment importante pour que les autorités commencent sérieusement à craindre un effondrement.

En 1990, la Tour est fermée au public.

Un comité international d’ingénieurs et de scientifiques est chargé de trouver une solution.

Le problème est particulièrement délicat.

Il faut stabiliser le bâtiment sans le redresser complètement.

Car supprimer son inclinaison reviendrait presque à supprimer ce qui fait son identité.

Comment les ingénieurs ont sauvé la Tour de Pise

Après plusieurs études et expérimentations, les ingénieurs adoptent une technique relativement élégante : retirer progressivement de petites quantités de terre sous la partie opposée à l’inclinaison.

Le principe permet à la Tour de revenir très légèrement en arrière sous son propre poids.

Des contrepoids sont également utilisés temporairement.

L’objectif n’est pas de rendre la Tour verticale.

Il est simplement de réduire suffisamment son inclinaison pour assurer sa stabilité.

Les travaux permettent finalement de redresser son sommet de plusieurs dizaines de centimètres. L’Institution of Civil Engineers indique que la Tour s’est redressée d’environ 38 centimètres au cours de l’intervention.

Après plus de dix années de fermeture et de travaux, la Tour rouvre au public en 2001.

Pourquoi ne pas la redresser complètement ?

Techniquement, l’objectif n’a jamais été de transformer la Tour de Pise en une tour parfaitement verticale.

Ce serait presque absurde.

Son inclinaison est devenue son identité.

Elle fait partie de l’histoire du monument depuis le début de sa construction.

Les ingénieurs ont donc cherché un équilibre très particulier :

la Tour doit continuer à pencher, mais elle ne doit plus être dangereuse.

C’est probablement l’une des rares situations où l’on dépense autant d’énergie à empêcher un bâtiment de tomber tout en prenant soin de ne surtout pas le rendre droit.

La Tour de Pise aujourd’hui

Aujourd’hui, la Tour est considérée comme stabilisée.

Les interventions modernes ont fortement réduit les risques d’effondrement et les ingénieurs estiment qu’elle devrait rester stable pendant une très longue période. L’Institution of Civil Engineers évoque une sécurité estimée à environ 200 ans, dans les conditions actuelles.

La Tour reste évidemment surveillée.

Avec un monument aussi ancien, aussi lourd et construit sur un terrain aussi particulier, la prudence reste permanente.

L’Opera della Primaziale Pisana indique aujourd’hui une hauteur d’environ 58 mètres, un poids supérieur à 14 000 tonnes et 273 marches pour l’escalier de visite.

Une erreur devenue chef-d’œuvre

C’est probablement ce qui me fascine le plus dans son histoire.

Si les fondations avaient été parfaitement conçues en 1173, la Tour de Pise serait certainement aujourd’hui considérée comme un très beau campanile roman.

Mais probablement pas comme l’un des monuments les plus célèbres au monde.

Son défaut est devenu sa signature.

Les architectes médiévaux ont passé des générations à essayer de corriger l’inclinaison.

Les ingénieurs modernes ont passé des décennies à essayer de la stabiliser.

Et les visiteurs viennent aujourd’hui du monde entier précisément pour voir ce que personne n’avait prévu au départ.

La Tour de Pise est donc presque un paradoxe architectural :

un monument devenu exceptionnel grâce à une erreur de construction que l’on tente depuis huit siècles d’empêcher d’aller trop loin.

Quelques dates à retenir

1173 — début de la construction de la Tour.

XIIe siècle — apparition de l’inclinaison alors que le bâtiment est encore en construction.

XIIIe siècle — reprise du chantier et tentative de compenser la pente dans les étages supérieurs.

1372 — achèvement de la Tour.

XIXe et XXe siècles — plusieurs interventions tentent de ralentir ou corriger son inclinaison.

1990 — fermeture au public en raison des risques liés à sa stabilité.

Années 1990 — grands travaux modernes de stabilisation.

2001 — réouverture au public.

Aujourd’hui — la Tour reste inclinée, mais elle est considérée comme stabilisée.

En résumé

La Tour de Pise devait être le campanile prestigieux d’une ville au sommet de sa puissance.

Elle est devenue quelque chose de beaucoup plus étonnant.

Construite sur un sol incapable de supporter uniformément son poids, elle commence à pencher presque immédiatement.

Le chantier dure près de deux siècles.

Des générations d’architectes essaient de corriger le problème.

Pendant huit cents ans, la Tour continue lentement à bouger.

Puis, à la fin du XXe siècle, des ingénieurs du monde entier doivent trouver une solution pour empêcher son effondrement sans supprimer son inclinaison.

Aujourd’hui, elle est encore debout.

Toujours penchée.

Et c’est précisément ce qui en fait l’un des monuments les plus extraordinaires d’Italie.

Pourquoi la Tour de Pise penche-t-elle ?

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